Les 4 mouchoirs
(à René REMY qui m’a raconté son histoire)
C’était à la grande foire annuelle
De mon village de Lunel
Il y a de ça bien longtemps
Cinquante ans
J’avais 12 ans et plein d’espoir
Quand il m’arriva cette histoire
Que j'en garde si longtemps après
Le regret
Au milieu des jeux de hasard
Des lutteurs, des balançoires
Des gaufres et des barbes à papa
Des nougats
Les loteries offraient des lots
Que refourguent les camelots
Nounours, tigres et autruches
En peluche
Mais à un de ces nombreux stands
Dans le bazar sous les guirlandes
J’accrochais mon regard surpris
A un beau prix
Là, sous mes yeux écarquillés
Une belle guitare brillait
Une guitare vraie de vraie
Pas un jouet
Comme celle dont je rêvais tant !
Pour jouer comme les
gitans
Avec des accents rococo
De flamenco
Fébrile, je fouillais mes poches
Un coup la droite, un coup la gauche
Et trouvais au moment ultime
20 centimes
Je la donnais au gros forain
Puis, je lui montrant de la main
Le ticket que j’avais choisi.
Il le prit
Le mélangea dans une boîte
D’une main rapide et adroite
Pour que je ne le trouve pas
Dans le tas
Quand il eut fini, j’indiquais
Au milieu du tas de tickets
Celui qui me semblait étant
Le gagnant
Il l’ouvrit, les sourcils froncés
Puis prit un air embarrassé
Et dut annoncer d’un ton strict
Le verdict
« Bravo le jeune homme a gagné »
Mais alors qu’il décrochait
Ma merveille de palissandre
Pour la descendre
Il me dit « T’es petit ! Je vois
Qu’elle est bien trop grande pour toi
Tes bras n’en fond même pas le tour
Et c’est trop lourd .
A la place prend plutôt ceci "
Et dans un sourire me tendit
Dans un sachet de plastique noir
Quatre mouchoirs.
J’aurais peut-être été quelqu’un
Un grand Monsieur, un musicien
Un Manitas de Plata
Et pourquoi pas ?
Les souvenirs ont la peau dure
Depuis cette époque perdure
La douleur et la cicatrice
De l’injustice
Mais aujourd’hui il est trop tard
Pour que j’apprenne la guitare
Il ne me reste qu’un gros regret
Et 4 mouchoirs pour pleurer.