La drôle d'idée
Quelle drôle d'idée Papa t'as eue
D'aller ach'ter ces disques noirs
Avec cette grosse voix bizarre
Du type qui chantait dessus.
Où as tu pêché cette idée
De m'faire écouter ses chansons
Qui parlaient de Révolution
Qui parlaient de la Liberté ?
Ses chansons qui ne passaient pas
Dansles critères du top 50.
En cette fin des années soixante
Quelle drôle d'idée t'as eue Papa.
Tu sais chez nous, les gens s'en foutent
Ils trouvent ça trop intello
Trop compliqué pour des prolos
Vaut mieux parler de pêche et d' foot
Chez nous, on râle dans la cuisine
Contre les impôts, les patrons
Que des discours qui tournent en rond
Et puis on retourne à l'usine
Et du milieu d'où l'on sortait
C'était une vraie révolution
D'aller monter dans un avion
Mais grâce à toi, moi je l'ai fait
Quelle drôle d'idée encore t'as eue
De m'emmener voir l'océan
Quand j'y repense, c'était géant
Moi qui n'connaissais que ma rue
J'ai vu tant de gamins punis
Des parents qui tapent leurs gosses
Qui croient que les bleus et les bosses
C'est ça qui forge les génies
Quand je repense avec émoi
Aux souvenirs qui me reviennent
Du plus loin que que je m'en souvienne
Jamais tu n'as tapé sur moi
Toi, tu as élevé tes marmots
Sans leur imposer un chemin
Tu leur as juste pris la main
Pratiquement sans dire un mot
Qu'est ce qui t'as pris aussi, Papa
D'aller m'acheter une guitare
On était pas Soixante-huitards
Dans notre monde, ça ne se fait pas
Quand au bout de toutes ces d'années
Les choses qui me font envie
Toutes les passions de ma vie
C'est toi qui me les a données
Je te dois aussi le coup d'pouce
Pour mieux chercher la vérité
Le virus de la Liberté
Tu me l'as refilé en douce
Si aujourd'hui on me réclame
Pour chanter mes foutues chansons
Si j'ai parfois j'ai des ovations
Ou qu'il arrive que l'on m'acclame
Si je suis là à faire le zouave
Devant tous ces gens qui rigolent
Mes chansons tristes, mes chansons drôles
C'est un peu à toi qu'ils les doivent
Quand de la scène je t'aperçois
J'ai un noeud qui me sert la gorge
Je vois les disques noirs de Georges
Que tu me passais autrefois.
Dis moi Papa, t'aurais pas eu
Une ptit' idée derrière la tête
Que ton gamin devienne poète
Avoue, qu' ça t'aurait pas déplu
J'écris ces mots au bord des larmes
En retenant de gros soupirs
Oui, Papa, je suis dev'nu
l'arme
De tout c' que tu n'as pas su dire
Tout ce que tu m'as apporté
Dont cett' guitare entre mes mains
Je prends le public à témoin
Qu' c'était une sacrée
bonne idée, Papa
Je prends ton public à témoin
Qu' c'était une sacrée bonne idée.
A Roger, mon
père.
"La connaissance est l'essence de la liberté"
Gilles 28 juin 2005.