Chanson en noir et blanc

 

 
Quand par hasard, une radio
Diffuse un petit air vieillot
Une  vieill’ chanson, mon cœur s’envole
Car du fond de moi brusquement
J'entends l'air que chantait Maman
Un vieux refrain qui me revient des années folles

 

Qu’elle chantonnait dans la cuisine
Quand Papa était à l’usine
"Si l'on pouvait arrêter les aiguilles "
Elle me revient en me troublant
Cette vieille chanson en noir et blanc
Je me revois, comme autrefois, petite fille.

 

Les mains dans la vaisselle, elle fredonnait Fréhel
La môm’Piaf du Milord au clown triste
DAMIA, Berthe SYLVA ou bien Marie DUBA
Les chanteuses qu’on disait « réalistes »

 

Tous les drames d’amour, l’« Hirondelle du faubourg »
Me tiraient les larmes en avalanche
L’histoire des filles des rues qui font le pied de grue
Et surtout les terribles « Roses Blanches»
 
Si au détour d'un mois de juin
J’aperçois au bord d'un chemin
Un cerisier, mon cœur chavire
Car je retrouve en un instant
Ma sœur Marie et mes 8 ans
Mon vieux quartier, et des milliers de souvenirs
 
Je vois les cités alignées
Tous ces logements d’ouvriers
Ce quartier qu’on nomme LA PLAINE
D'où papa partait au boulot
Avec son sac, et son vélo
Faire ses huit heures à contre cœur
Toute la semaine
 
On courrat tout autour des cités en quinconce
De la rue d’la Jeunesse à celle de l’Amitié
Jusqu’aux grands terrains vagues envahis par les ronces
Pour aller chaparder dans les grands cerisiers
 
Nos rues portaient les noms de toutes les qualités
Que le patron voulait rapp'ler aux employés
rue du  DEVOIR, du COURAGE, la FOI, la VOLONTÉ
Des fois qu’ils auraient tendance à les oublier
 
Celui auprès de qui je dors
N'a pas de fortune, ni d'or
C'est un petit gars de La Plaine
Mais il connaît bien la musique
Le jazz, le blue-grass, le classique
Et les couplets un peu simplets 
Des vieilles rengaines
 
Il sait me charmer en chantant
Les mélodies d’un autre temps
Les airs d'autrefois qui me grisent
Le soir nous les chantons en chœur
En savourant cœur contre cœur
Des vielles chansons en noir et blanc
Et des cerises
 
Le soir nous les chantons en chœur
En savourant cœur contre cœur
Des vielles chansons en noir et blanc
Et des cerises.
  

A Ginette, Ado et Sylvie

 

Gilles Juin 2006