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Le jardin sauvage
Quand la ville devient ridicule
Quand chez l'humain, l'Amour recule,
Je vais dans un endroit discret
Que je suis la seule à connaître.
Je m'envole par la fenêtre
Retrouver mon jardin secret.
 
Allongée dans un vieux fauteuil
Je surveille du coin de l'oeil
Les gros bourdons sur le plantain
Quelquefois une mirabelle
Tombe et fait plier les ombelles
Puis disparaît derrière le thym
 
Près du vieux tas de bois mouillé
Dort une grande faux rouillée
Qui s'est retrouvée au chômage
Appuyée contre le bouleau   
Elle converse avec les grelots 
D'un parterre d'Amours en cage

 

Trois petits lérots batifolent
Dans quelques gerbes d'herbes folles
Prés du muret couvert de lierre
Et vers le pied de vigne vierge
Se dressent droits comme des cierges
Des faisceaux de roses trémières
 
La riboule près de la roche
Me prend par la robe et s'accroche
Fidèle au moindre de mes pas.
Elle chante à une coccinelle
La célèbre chanson de Brel
Qui lui dit : "Ne me quitte pas"
 
De grandes orties urticaires
Discutent avec les matricaires
De leurs vertus médicinales.
La chélidoine sait profiter
De ces belles journées d'été
Loin des froideurs hivernales
 
Certes, je ne suis pas jalouse 
Quand je vois les belles pelouses
Cernées de bordures en béton
Et de panneaux qui interdisent 
Qu'on doit tondre et qu'on égalise 
Le week-end comme des moutons
 
Mon jardin n'en a pas besoin
C'est la Nature qui en prend soin
Elle sait toujours ce qui lui faut
Elle connaît l'Art et les techniques
Les secrets de la botanique
Sans les engrais, et sans la faux
 
C'est ce monde, pourtant superbe,
Qu'on qualifie de mauvaises herbes
Qui montre tant de qualités.
Qui offre toutes ses richesses
Tant de beauté et de sagesse
A celui qui sait regarder
 
A l'heure où s'avancent les ombres
Du ciel monte une masse sombre
Le jour qui meure m'offre en cadeau
Un grand nuage noir qui danse
Le tourbillon de d'élégance:
Du vol du soir des étourneaux 
 
C'est mon havre de liberté
Où chacun sait cohabiter 
Où nul ne vit en esclavage
Et je regrette quelquefois
Que notre monde, lui, ne soit
Comme ce jardin qu'on dit sauvage.
 
Et je regrette quelquefois
Que notre monde, lui, ne soit
Comme mon jardin QU'ON DIT.... sauvage.

 

 

A Sylvie et à son jardin.
GILLES 
30 septembre 2004

Je remercie Hubert et Norbert, deux passionnés qui ont fait un travail remarquable avec ce merveilleux site internet qui s'appelle "Plantes sauvages"