Le sagouin

 

On me le dit assez, on me le dit souvent,
Ma guitare, c’est vrai, je n'en prends pas assez soin.
Je la traîne sans housse au vent des quatre vents
Et je plaide coupable, je suis un vrai sagouin.
 
Rien qu’à la regarder, elle n'est pas très jolie,
Et elle porte les traces d'une vie de tumulte.
Mais elle est différente des guitares qui s'ennuient
Prisonnières dans l’étui d’un monde trop adulte.
 
Elles n'ont connu que les lumières artificielles
Dans l’univers feutré de ces salles de concert.
Passant toute une vie sans jamais voir le ciel
Où les bruits étouffés font que les coeurs se serrent.
 
La mienne, elle a connu feu du grand soleil,
Les gifles de la pluie, les bourrasques d'hiver,
Les embruns d'océans et toutes ses merveilles
Que la Vie offre à ceux qui vivent à coeur ouvert.
 
La mienne elle a hurlé à la haine, à l'Amour
Et brûlé près des feux entre les caravanes
Apprenant les musiques qui donnent le coeur lourd
De guitares barbares qui jouent des airs profanes
 
Quand ses cordes et ses choeurs atteignent leurs limites
De ce que l'on désire, de ce qu'on veut donner,
De leurs corps et leur coeurs, les hommes les imitent
Et leur âme assouvie peut enfin s'envoler
 
Oui, elle porte les traces de tant de violences
Comme les cicatrices de batailles d’un jour
Tous ces coups de bonheur qu’on supporte en silence :
Qui n’a jamais souffert n’a pas connu l’Amour
 
De grâce, laissez moi l’emporter à nouveau
Vers des terres lointaines pour dormir sur la mousse,
Et je la porterai, à la main, sur le dos
Mais ouverte aux humains et jamais dans sa housse
 
Si elle doit en mourir, je serai sans remord
Celui qui meurt d’Amour n’a pas été vaincu.
Qu’importe la façon dont on trouve la Mort
Je crois que l’important, c’est d'avoir bien vécu.
 
A ma guitare et à tous ceux qui comprendront
Gilles 16 mars 2004